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Forum visages : des documentaires pour débattre sur l’intervention sociale


A l’occasion du 28ème forum du film documentaire d’intervention sociale, qui a lieu du 28 au 31 mars à Rezé (44), Le Canard Social publie un entretien avec Jean-Paul Paquereau, fondateur de ce rendez-vous annuel. Ancien éducateur spécialisé et formateur en travail social, Jean- Paul Paquereau s’inquiète d’une société qui « exerce un contrôle social plus fort » au nom de la sécurité. Avec l’association Visages qui organise le forum, il s’interroge cette année sur le thème « Liberté, sécurité, servilité ». Et sur le sens de l’intervention sociale.



Le Canard Social : Avant de revenir sur la vocation du forum Visages, un mot sur le thème retenu pour cette 28e édition. Pourquoi parler de « Liberté, sécurité, servilité » ?

Jean-Paul Paquereau : A travers les thèmes de nos forums, on s’intéresse à des valeurs qui donnent du sens à l’action sociale : « les utopies », « la faute aux pauvres » ou par exemple « s ‘engager ». Et, au fond, s’il y a une valeur très fondamentale, c’est la liberté. Un mot qui est bien souvent mal compris, mal défendu et mal interprété. Et l’actualité nous y encourage d’autant plus quand on voit que la liberté est de plus en plus associée à la sécurité. Au nom de la sécurité, que certains érigent en première des libertés, on assiste à une inflation législative pour punir d’avantage les délinquants, accroître la surveillance des individus, faire la chasse aux clandestins, exercer un contrôle social plus fort… Les libertés fondamentales sont menacées au nom de la sécurité et pendant ce temps là, les budgets sociaux sont sans
cesse remis en cause !

Je viens de voir un micro trottoir dans un journal télévisé sur le thème « pourquoi ont-ils voté pour le FN aux cantonales». Et j’entends quelqu’un répondre quelque chose du genre « on a besoin d’être rassuré, le danger est partout en particulier à cause des étrangers »… Quand j’entends cela, je pense tout de suite à la question des boucs émissaires et à l’importance de l’action sociale auprès des personnes fragiles. La liberté est une valeur qui éclaire et doit éclairer le travail social, c’est pour cette raison qu’on s’y intéresse cette année avec des films qui évoquent l’adoption, le dépistage précoce de la délinquance, les migrants, le handicap ou encore les conduites à risque.

LCS : L’association Visages, qui organise chaque année le forum, a bientôt 30 ans. Sur quelle idée a t’elle été créée à l’époque ?

Jean-Paul Paquereau : La création de l’association Visages remonte au début des années 80. C’était l’âge d’or de la vidéo amateur et militante ! A l’époque, on se disait que la vidéo, en tant qu’outil facile à acquérir et à maîtriser, allait résoudre tous les problèmes de relation, notamment dans le social au sens large. Avec des initiatives comme les « ateliers de la
communication sociale », la grande idée, c’était « donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas ». Ce genre de démarches était très positif, de nombreux groupes de professionnels et d’institutions se sont mis à faire des films, mais il n’y avait pas d’endroit ou de réseaux pour les diffuser. L’idée avec le forum du film documentaire d’intervention sociale a donc été de
créer un rendez-vous régulier pour montrer et stimuler la production de films. Certains disaient même à un moment : « on va faire un film pour le montrer au forum et créer ou alimenter le débat sur tel ou tel sujet. »

LCS : Aujourd’hui, où en êtes vous ?

Jean-Paul Paquereau : Notre discours initial était de dire que « la vidéo, ce n’est pas de la télé ». L’idée de départ sur les films militants, on en est un peu revenu parce que la production s’est institutionnalisée et professionnalisé, et elle s’est grandement développé. A une époque, j’enregistrais un documentaire par mois sur le social à la télévision, avec mes
vieilles cassettes VHS… Aujourd’hui, il en passe deux par jour ! Aujourd’hui, la télévision s’empare des sujets qui nous intéressent, mais pas toujours de la bonne manière. Alors, la vocation du forum c’est de montrer, dans une salle de cinéma digne de ce nom, ce qui se fait avec des auteurs qui ont de véritables propos construits et assumés. C’est autre chose que ce qu’on voit au journal télévisé ou dans la télé réalité ! Notre ambition est de valoriser une production foisonnante qui ne passe pas toujours à la télévision.

LCS : Montrer des films et débattre, ça sert à quoi finalement ?

Jean-Paul Paquereau : L’objectif est de créer un débat avec les réalisateurs et le public. Et on s’aperçoit au fil des ans que les échanges sont de plus en plus riches et intéressants.

L’année dernière, sur le thème des utopies, on a par exemple proposé une soirée sur le film de Gilles Perret, « Walter fait de la résistance », autour de ce qu’il reste des idéaux du Conseil national de la résistance. Des enfants de déportés et d’anciens résistants sont venus témoigner et débattre, ça a été très riche, bien avant le succès du petit livre « indignezvous
» de Stéphane Hessel. Après, savoir à quoi ça peut servir… C’est difficile de répondre ! On voit que ça intéresse les praticiens de l’action sociale, les publics directement concernés par les thèmes abordés et on observe aussi que ça ouvre des horizons pour les futurs travailleurs sociaux qui sont en formation. C’est tout l’intérêt du documentaire : permettre de découvrir des choses qui ne sont pas à la portée de chez soi. Il faut rester modeste, mais nous pensons que ce forum est un des éléments qui permet de savoir où on en est dans notre société et il permet de donner du sens à l’intervention sociale.

Propos recueillis par Frédéric Lossent
Source Le canard Social
Avec nos remerciements pour l'autorisation de diffusion

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